DESTINATIONS

Entretien dans « Le Ravachol » de mai 2021


Salut sknob, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ? Depuis combien de temps fais-tu de la musique ?

Bonjour. Je suis auteur-compositeur-interprète, dessinateur et traducteur franglophone, j’ai fait des détours par la création multimédia, et je fais de la musique depuis environ quarante ans !

Ton style musical est assez polyvalent, tu oscilles entre la chanson française sans tomber dans la soupe de variété, du rock et de l’électro voire du disco…

Alors tout d’abord, je déteste le disco ! J’ai la double nationalité franco-américaine, j’ai grandi en Angleterre puis en Belgique, ce qui explique peut-être mon éclectisme. J’ai été bercé par le delta blues, les chansons de Sesame Street, les Beatles, Purcell, et la chanson française, de Brassens à Plastic Bertrand. Puis j’ai eu la chance de me trouver à Bruxelles au début des années 80 quand je me suis mis à la musique. C’était un carrefour musical particulièrement riche et stimulant à l’époque. Et les gens que je côtoyais étaient tous transgenres si j’ose dire. Les mêmes pouvaient jouer du punk, du jazz, du classique, des thés dansants, et mélanger toutes ces influences dans leurs compositions. Ça m’a donné une grande liberté de création. Encore aujourd’hui, je me laisse guider par la logique de ce que je crée au moment où je crée, sans me poser de questions sur ce qui est autorisé ou pas selon les canons de tel ou tel genre, et sans rien m’interdire, pas même la soupe, ni même le disco s’il le faut !

Tu es assez prolifique, tu as déjà sorti pas mal d’albums qu’on peut tous écouter en ligne sur ton site. C’est une revendication de rendre tes morceaux en écoute libre ?

Tout à fait. Quand j’étais jeune, j’empruntais des 33 tours au pif à la médiathèque et j’enregistrais ceux que j’aimais sur cassette, et ça m’a sacrément ouvert les oreilles. J’ai fait pareil sur les sites pirates quand le Web est arrivé, où je pouvais soudain publier mes morceaux et toucher un public planétaire ! J’ai eu un morceau numéro un pendant des semaines sur un site japonais. Et le jour où j’ai trouvé mes morceaux sur un site de bittorrent, j’étais ravi ! Quelle consécration ! Mais j’aime aussi les licences libres. Tu veux écouter mes trucs pour ton plaisir ou les utiliser pour une bonne cause ? Vas-y, sers-toi. Tu veux en inclure un dans ton blockbuster commercial ? À supposer que je sois d’accord, tu passes à la caisse.

Tu chantes en français et c’est un truc assez exceptionnel car en général la chanson engagée française a vite fait de tomber dans le ridicule, c’est quoi ton secret ?

Je chante en anglais et en français oui, selon l’inspiration et le sujet (j’ai la chance d’être bilingue de naissance). C’est vrai que je n’aime pas tellement les trucs militants trop rentre-dedans et premier degré, sans humour ou poésie au sens large, même si la chanson anglophone ne vole souvent pas beaucoup plus haut. Mais plus généralement, je trouve que souvent dans la chanson française, les mots sont mal posés sur la musique, avec des accents toniques artificiels sur les mauvais accents rythmiques. Ça me distrait et ça m’empêche de rentrer dans les morceaux.

Mon secret, si j’en ai un, c’est que j’écris d’abord les mots, puis j’écoute leur musique, et ils me suggèrent une mélodie souvent polyrythmique pour accommoder le français, ce qui produit un résultat où si tout se passe bien, il n’y a pas de bras de fer entre paroles et musique. Elles ont l’air faites l’une pour l’autre. Pour ce qui est du fond, j’essaie de faire passer mon idée ou mon sentiment ou mon message de manière un peu drôle ou absurde ou subtile si possible, histoire que tout ne soit pas couru d’avance et que l’écoute réserve quelques surprises et qu’on ne s’ennuie pas.

Alors engagé oui, bien à gauche c’est quelque chose qui apparaît des textes. Pour toi l’art doit être au service de la révolution ?

À mon avis, l’art ne doit rien du tout. L’artiste a un besoin viscéral de s’exprimer, il s’adresse à un public ou une personne réelle ou imaginaire, et n’a pas de contrôle sur comment son art sera apprécié, détesté, ignoré, instrumentalisé, détourné. En revanche, je pense que l’art a un potentiel subversif et émancipateur intrinsèque, car sous couvert de proposer quelque chose d’agréable ou d’émouvant ou de stimulant ou de dérangeant, il oblige la personne qui s’y ouvre à percevoir le monde à travers le regard ou le vécu subjectif de quelqu’un d’autre, et donc à sortir d’elle-même, ce qui peut représenter un danger pour la paix sociale.

Et puis l’artiste est par définition un être libre, au moment de créer du moins, ce qui en fait également un élément transgressif et donc potentiellement dangereux. C’est peut-être aussi pour ça qu’on les admire ou qu’on les jalouse souvent, alors qu’en fait, on est toutes et tous artistes à la naissance. Tous les enfants dessinent, chantent, inventent des histoires, des jeux, avant qu’on leur apprenne à rentrer dans le rang, à être sérieux, à cesser leurs enfantillages. Les artistes sont juste des enfants récalcitrants. Il ne faut pas les admirer, il faut les imiter !

Comment est-ce que tu écris tes textes et produis tes morceaux ? Tu es seul à tout faire derrière ?

Oui, je fais tout tout seul. Quand les premiers logiciels de MAO sont arrivés, je me suis précipité, parce que ça permettait de tout faire soi-même sans subir les ego parfois surdimensionnés de musiciens par ailleurs souvent paresseux (comme moi, je les comprends), et donc sans se brider créativement par égard pour eux. Et pour créer librement, il faut bannir son surmoi, ce qui est plus facile quand personne n’est là pour te juger quand tu pars dans ton délire. Donc j’écris d’abord les textes. Je fignole le premier jet pour éliminer tout ce qui me fait grincer un peu des dents à la lecture. Puis j’écris la musique, puis j’arrange et j’enregistre tout sur l’ordinateur, puis je mixe, ce qui est de loin la tâche la plus pénible.

Quelles sont tes inspirations musicales et d’écriture ?

Côté musique, j’aime les compositeurs qui arrivent à combiner humour, émotion, sophistication ou même complexité musicale, tout en étant accessibles en surface. Ça va donc d’Erik Satie à Kurt Weill à Carla Bley à Nino Rota à Frank Zappa aux Beatles, en passant par Aksak Maboul, Robert Wyatt, Danny Elfman, Albert Marcœur, The Residents, Snakefinger, Talking Heads, XTC, The B-52′s, The Lounge Lizards, Sparks, Philippe Katerine, Fiona Apple, The Divine Comedy, ou un peu plus récemment Aquaserge, Lemon Twigs, Deerhoof, King Gizzard… j’arrête et tu couperas si tu veux !…

En revanche pour les textes, je ne me suis jamais trop posé la question ! Côté francophone, je pourrais citer Brassens, mais en fait ce que j’adore chez lui, c’est surtout la musique (si, si). Alors, disons les premiers Gainsbourg, Boris Vian, mais aussi Gotainer. Mais je pense que les anglophones m’influencent tout autant sinon plus, même quand j’écris en français.

Tu joues aussi dans un duo, Les Bons Sauvages. Qu’est-ce que rajoute cette formation ?

En arrivant dans mon village du Piémont Cévenol, j’ai discuté avec un voisin musicien, qui est allé écouter mes chansons et qui m’a proposé de les jouer live. Je prends plus de plaisir à écrire qu’à jouer, je ne cherche pas spécialement la lumière et l’adulation des groupies, mais j’ai dit oui. 30 ans que je n’avais pas fait de scène ! On a fait une dizaine de concerts avant que le COVID ne vienne interrompre l’aventure.

Ça m’a obligé à réduire les morceaux à leur plus simple expression, à travailler le souffle et surtout la guitare, et pour la première fois de ma vie musicale, je suis capable de m’émanciper des prothèses informatiques, ce qui ouvre de nouvelles perspectives, et sera pratique si les collapsologues ont raison et qu’on n’aura bientôt plus d’électricité. En tout cas ça colle avec l’idée de frugalité choisie plutôt que subie.

Dans une industrie du disque de plus en plus difficile à pénétrer, comment distribues-tu tes albums ? Tu restes uniquement en format numérique ou on peut t’écouter en matériel ?

Je n’ai jamais essayé de sortir des disques physiques. J’ai vécu l’avènement du home studio et du Web, qui permettait soudain de court-circuiter les maisons de disques, et de produire et distribuer du son de qualité, sans se ruiner, et sans être contraint artistiquement par leurs critères de rentabilité, sachant qu’au final, elles ne te reversent que des miettes, si tu as vendu assez d’albums pour leur rembourser les frais d’enregistrement. J’ai donc préféré m’auto produire, et vivre de l’écriture autrement, en faisant de la traduction. Donc on peut trouver à peu près tout ce que je crée gratuitement sur mes sites perso, et on peut en acheter à prix libre sur Bandcamp. Avis aux amateurs.

En parlant de matériel, la situation actuelle n’est pas évidente pour les artistes qui ne peuvent plus se produire et donc vivre de leur travail…

C’est terrible pour tous les métiers de la scène, comme pour tous les autres métiers durement touchés. Mais en amont de tout ça, le problème, c’est la logique du tout marchand, à laquelle la culture n’échappe pas. Pour moi, la création, c’est fondamentalement un jeu, pas un travail, et sa valeur pour la société n’a rien à voir avec sa contribution au PIB. Et c’est compliqué de prétendre faire de l’art engagé ou contestataire quand on est une marchandise comme une autre, ou qu’on est financé par l’État ou par de généreux mécènes fortunés qui sont soi-disant des ennemis à abattre… Et puis je ne vois pas au nom de quoi les artistes devraient échapper aux contraintes subies par les communs des mortels pour limiter les dégâts humains de la pandémie. Je ne vais pas postillonner sur un public au nom de mon besoin de m’exprimer en tant qu’artiste. Unpopular opinion, comme on dit sur Twitter…

Comment parviens-tu à jongler entre le dessin et la musique en sachant que tu es assez productif pour les deux.

C’est parfois assez chaud. Mais quand les muses se manifestent, ou quand le rédac-chef du Ravachol te rappelle que le bouclage approche, on ne négocie pas.

As-tu un mot pour conclure notre entretien ?

Brocoli. Non, Labrador.

06. April 2021 by sknob
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Junkies

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Lors d’un passage furtif sur Twitter l’autre jour, j’ai été interpellé par cette excellente question à laquelle j’ai voulu tenter de répondre :

Peut-être parce qu’on ne peut pas abattre le capitalisme sans que ça fasse mal, et donc que ça passe mal. Parce qu’il faut bien reconnaître qu’on est TOUS des junkies (plus ou moins bien approvisionnés), et que si on bute notre dealer, on va TOUS se taper une sérieuse et douloureuse crise de manque.

Où sont fabriquées mes cordes de guitare (à 12 € le jeu de cordes) que je dois changer régulièrement ? Avec quelles matières premières et quels dérivés du pétrole ? Dans quelles conditions ces matières ont-elles été extraites ? À quel coût environnemental ? Par quels esclaves ? Combien de milliers de kilomètres ont-elles parcourus avant d’arriver dans mon magasin de musique (situé à 40 km de chez moi) ?

Remplace mes cordes par ton coulis de tomates, ton surimi (ou ton homard), tes sacs-poubelle, tes baskets, ton stylo, ton shampoing, ta tente de camping ou ton siège d’avion, ton tél, ta télé, ou ton T-shirt, peu importe. Ou recense la quantité de trucs en plastique ou dérivés du pétrole que tu as chez toi (ou dans ton organisme) et dont tu aurais du mal à te passer ou que tu aurais du mal à fabriquer toi-même (et qu’une société moins suicidaire n’aurait peut-être jamais songé à fabriquer) ?

Ou rends-toi dans un centre commercial, et demande-toi ce qui resterait dans les rayons s’ils n’étaient pas achalandés par supertanker.

On est TOUS camés au capitalocène je te dis, et ceux qui ont été laissés à la porte de la salle de shoot veulent y entrer, ce qui est bien compréhensible, puisqu’on leur propose nul autre salut !

Oui, mais ce sont les 10 % les plus riches qui émettent 50 % du CO2 !

Hélas, ces 10 %, c’est nous.

Certes, les riches les plus riches ont une plus grosse (empreinte carbone) que la tienne, mais s’ils ont accaparé une part ahurissante des richesses, ils ne sont pas si nombreux, et si les Français consomment collectivement 2,8 planètes par an, c’est bien parce que c’est le mode de vie du gras de la courbe en cloche qui cloche.

Le capitalisme nous a habitués à vivre ou à vouloir vivre très au-dessus de nos moyens (mesurés en planètes).

Edit : calcule ta propre consommation de planètes !

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut renoncer à sortir les plus miséreux de la misère ni les plus riches de la richesse hein, bien au contraire !

Oui, mais 100 entreprises sont responsables de plus de 70 % des gaz à effet de serre !

Et comme de par hasard, ce sont nos dealers, et c’est donc nous qui les enrichissons, avec entrain ou à contrecœur, car on veut tous notre prochain fix. Next question.

Oui, mais les énergies renouvelables, la captation du carbone, on trouvera bien un truc, non ?

Arrête. Même la poudre de perlimpinpin n’est pas capable de remplacer le pétrole, qui est par ailleurs nécessaire pour fabriquer et transporter les éoliennes et autres panneaux solaires, et quand bien même, ce n’est pas parce qu’on remplacerait une came de merde par une came plus pure qu’on ne serait plus des junkies.

C’était quoi la question déjà ?

Ah oui, les partis de gauche (on n’attend rien d’intelligent de la part des autres) proposent en gros de socialiser la fabrication de la came et d’en filer à tout le monde, en particulier à ceux qui en étaient très injustement privés. Très bien, sauf qu’une meilleure répartition du caviar sur le Titanic ne sauvera pas le vivant. On aura juste remplacé le capitalocène par le collectivismocène. Les rhinocéros blancs et les orangs-outans, sans parler des insectes et des piafs qui n’ont pas encore disparu de nos contrées encore quelque peu tempérées, apprécieront.

Tout discours de gauche qui prétend que l’on peut sortir du capitalisme sans se sevrer de la came que nous consommons ou aspirons à consommer au quotidien n’est donc pas crédible une seconde.

Tout discours de gauche qui prétend qu’on pourra tous vivre comme des porcs (mesuré en planètes) est donc un discours de droite.

Tout discours de gauche qui se prétend « compatible avec l’humain et la nature » ne peut donc pas faire l’économie (joke) de penser et proposer un après-capitalocène en rupture radicale avec nos modes de vie actuels, que cet après soit précipité par l’effondrement de la société thermo-industrielle prophétisé par les collapsologues, ou qu’il soit précipité délibérément par nos soins, ce qui impliquerait de casser et faire le deuil d’une grande partie de nos joujoux et gris-gris les plus chéris (dont potentiellement les cordes de guitare).

Une telle gauche regarderait la réalité scientifique en face, aurait digéré les pilules amères que nous a léguées « le progrès », arrêterait de penser avec un cerveau de capitaliste et proposerait un projet de société post-capitalocène désirable, y compris pour les laissés pour compte d’aujourd’hui, basé sur ses propres valeurs fondamentales putatives : en vrac le partage, l’être plutôt que l’avoir, la créativité plutôt que la productivité, l’entraide plutôt que la compétition, la liberté plutôt que l’esclavage, l’indolence plutôt que le travail, la fraternité avec l’ensemble du vivant, etc., etc., etc.

Et si elle parvenait ainsi à se sortir les doigts du cul de ses contradictions, à assumer ses opinions qui ne sont unpopular que parce qu’elle a cessé de les porter et de les promouvoir avec fierté et aplomb, peut-être qu’on commencerait à nouveau à la calculer, ce qui augmenterait peut-être les chances que notre sevrage se fasse plus en douceur, et que l’apocalypse qui se dessine soit moins apocalyptique que prévu.

30. July 2019 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | 3 comments

Épisode cévenol

Ça fait un moment que je n’ai rien publié, et je te prie de m’excuser. C’est que j’ai été pris par un assez gros projet, puisque ukulélé sous le bras, j’ai déménagé aux pieds des Cévennes après plus de vingt ans passés à Paris.

Je me retrouve dans un environnement où foisonnent les faiseurs en tous genres, y compris dans le genre artistique, ce qui n’est pas sans me rappeler mes jeunes années bruxelloises, en version dadanarchiste du sud.

Pour te dire, ça ne faisait pas deux semaines que j’étais arrivé dans mon village que je me retrouvais à jouer et chanter Gainsbourg, Brassens et Nino Ferrer devant un public au cours d’une fête privée, entraîné dans cette petite aventure par un autre voisin, musicien professionnel de son état.

Et tu sais quoi ? Non seulement je n’ai pas subi le trac qui me gâchait ce type d’expérience quand j’étais jeune, mais j’y ai pris un sacré plaisir. On va mettre ça sur le compte de la maturité si tu es d’accord.

Et figure-toi que quelques jours plus tard, le fameux voisin musicien professionnel de son état m’appelait pour me dire qu’il avait écouté mes chansons, qu’il avait pris la liberté d’en parler à ses contacts, et que si j’étais d’accord, on pourrait peut-être les jouer en public tous les deux, à la cool.

Alors tu penses bien que ça m’a flatté, touché et ému.

Tu sais, si je fais ma tambouille musicale dans mon coin à l’aide de prothèses numériques depuis si longtemps, c’est aussi parce que je n’ai jamais retrouvé l’esprit d’ouverture et l’ouverture d’esprit de mes années bruxelloises (New York et Paris, malgré leurs qualités indéniables, sont des villes hélas assez peu dadanarchisantes, pour des raisons rétrospectivement assez compréhensibles, mais ce n’est pas le sujet…). Toujours est-il que je ne devais pas avoir abandonné tout espoir de recroiser un jour cet esprit, sans quoi je ne me serais sûrement pas fait chier à m’apprendre la guitare et le ukulélé pour pouvoir chanter mes chansons au débotté si d’aventure, l’occasion se présentait.

Et voilà donc que d’aventure, elle se présente, même qu’à l’heure où je t’écris, on a fait une première répète et c’était drôlement chouette !

On verra où ça mène, si ça aboutit, si j’aurai des trucs à publier ici ou ailleurs, mais je voulais t’en informer en premier, parce que même si je finis par boucler la boucle en délaissant le virtuel au profit du monde réel, je te dois bien ça.

La bise,

Vincent, aka @sknob.

18. November 2018 by sknob
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Confession d’un ancien enfant des lumières

J’y ai cru au progrès moi ! J’ai grandi en regardant les aventures militaro-baba-cool du vaisseau Enterprise. Enfant, je calculais l’âge que j’aurais en l’an 2000, en essayant de m’imaginer ce qu’il me réservait, les yeux écarquillés.

J’ai cru à la science et à la technique, qui avaient percé le secret de l’infiniment petit et de l’infiniment grand et m’avaient donné la télé couleur.

J’ai cru aux nouvelles technologies (le pécé, la péao, les zinternettes), à leur potentiel créatif et émancipateur, à leur capacité à court-circuiter les intermédiaires inutiles et nuisibles.

J’ai cru à l’universalisme, au républicanisme, à la raison, fers de lance du combat contre l’obscurantisme religieux et les discriminations en tous genres, croyance renforcée par dix années de vie en théocratie (aux USA).

J’ai cru que la gauche était de gauche.

Et j’ai cru à l’art, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire à ses bienfaits pour les individus qui le pratiquent (soit 99,9 % de la population préscolaire), comme pour celui ou celle qui en déguste les fruits.

 
Bugs dans la matrice

J’étais donc globalement assez ébloui par les lumières, malgré quelques ombres inexplicables qui venaient en ternir l’éclat…

Comme le dualisme homme-nature, homme-animal, qui me paraissait d’une débilité profonde, puisqu’il suffisait d’ouvrir les yeux pour voir qu’on n’était qu’une variation sur un même thème intégré à et dépendant de l’ensemble du vivant.

Ou l’équation savoir = intelligence, si manifestement fausse.

Ou encore l’opposition entre manuel et intellectuel, comme si l’ébéniste ou le plombier n’était qu’une paire de mains (ou une raie des fesses) qui pratiquait son artisanat sans intervention de ses facultés mentales.

Sans parler des dérives autoritaires sur leur gauche, qui me paraissaient notamment incompatibles avec la liberté de l’artiste qui devait être absolue à mes yeux.

Ni du caractère résolument militaro-carcéral de l’école.

Ou du droit à la bêtise. J’avais beau mépriser la religion et les pseudosciences, je devais bien reconnaître que leurs adeptes que je côtoyais au quotidien (notamment aux USA) étaient souvent aussi sympathiques qu’intéressants que bienveillants et avaient bien le droit d’être heureux selon leurs propres termes. Était-ce interdit d’avoir des angles morts ? Ou même d’être un peu con ? Comme tout le monde ?

Ou plus concrètement des avatars de la modernité comme le nucléaire, qui menaçait de tout faire péter (angoisse de fond à l’époque de la guerre froide).

Sans oublier la société de consommation et l’hégémonie de la bagnole, et leur cortège de nuisances mortifères.

 
Splendeur des lumières et désastre planétaire

L’avenir n’est plus ce qu’il était.

Le progrès est en train d’achever de détruire notre milieu de vie.

La science et la technique et les nouvelles technologies ont abouti à l’ère des PAPAS (Panoptique Assisté par Perche À Selfie).

La panique généralisée entraîne des réflexes de fuite, de peur, de violence, de repli sur soi (le néolibéralisme ayant super efficacement éradiqué l’idée même d’entraide, l’autre loi de la jungle, de nos esprits).

L’universalisme et le républicanisme sont devenus des outils d’oppression et de discrimination du bouc émissaire mal éclairé du moment (comme en témoigne opportunément la couleur de sa peau), ce qui est tristement ironique si l’on songe qu’on n’a pu se payer le luxe de la pensée universaliste qu’en pillant systématiquement les richesses d’exotiques et lointaines contrées peuplées de sauvages et autres barbares que nous avons asservis ou exterminés selon les cas pour maximiser la rentabilité.

J’avoue que les crucifix, kippas, foulards, coiffes, perruques, virgules, triples bandes, crocodiles, marteaux, faucilles, croix diverses et avariées, maillots de foot, t-shirts de Johnny et autres signes religieux ostentatoires me chagrinent et me désolent encore, mais si on criminalisait l’idolâtrie, le conformisme et le mauvais goût, il ne resterait plus grand monde en liberté.

La gauche s’est effondrée avec le mur. Pas un semblant d’idée nouvelle depuis, pas un pet d’imagination, pas un bruissement d’originalité, pas un début de Plan B ne serait-ce que vaguement adapté aux réalités du XXIe siècle, pendant que la droite, elle, menait tranquillement sa révolution néoconservatrice et néolibérale. Quelques brillantes déconstructions des ravages occasionnés par l’ennemi, quelques manifs pour tenter de sauvegarder des restes d’acquis, et une infinité de querelles intestines pour passer agréablement le temps.

Ce n’est pas comme si nous vivions un effondrement total de la civilisation thermo-industrielle qui offrirait un angle d’attaque inespéré pour renverser le capitalisme, le productivisme et le consumérisme. Encore faudrait-il véritablement vouloir les renverser, et avoir une petite idée de ce qui pourrait les remplacer, parce que saisir les moyens de destruction du vivant pour les répartir plus équitablement, c’est un peu court et ça ne fait manifestement pas rêver grand monde.

 
Chaînons manquants

Alors, par quoi combler le vide et le cratère laissés par le crash putatif des lumières ? Sur quels piliers rebâtir un nouvel imaginaire moins suicidaire ? Dans mon cas, sur au moins deux « découvertes » majeures qui ont largement contribué à éclairer ma petite lanterne, me remettre d’aplomb, ouvrir des perspectives désirables et donc déboucher un tant soit peu l’horizon.

La première découverte fut la psychanalyse. Quoi qu’on en pense, en stipulant que des forces invisibles et insoupçonnées pouvaient conditionner et orienter ou contrarier nos pensées, nos vocations, nos envies, nos actes, on disposait potentiellement d’une clé qui faisait cruellement défaut pour comprendre le comportement parfois un tantinet irrationnel de l’humain.

Personnellement, en bon rationaliste réductionniste à l’anglo-saxonne, je n’y croyais pas, mais lorsque dans un moment de détresse j’y ai eu recours en désespoir de cause, l’honnêteté intellectuelle m’a contraint à reconnaître qu’elle m’avait permis de déchiffrer l’indéchiffrable, de trucider quelques démons, de dissiper diverses dissonances et de trouver un début de paix intérieure.

Pour ceux qui s’en méfient pour plein de raisons compréhensibles, je suggère l’adoption de la terminologie de Paul Jorion. Oublions conscient et inconscient, et parlons plutôt de corps et d’imagination. Nous ne sommes pas des intellects désincarnés. Notre corps est au contact du monde et remonte des infos de son environnement ainsi que des signaux de faim, de soif, de chaud, de froid, de joie, de peine, de peur, de douleur, d’ire, de désir, de plaisir que l’imagination interprète et organise ensuite en récits plus ou moins inquiétants, plaisants ou farfelus.

Quand l’imagination ignore les injonctions répétées du corps pour une raison ou une autre, ou quand le corps mène la danse à l’insu de l’imagination, ça peut créer des incohérences dans le récit. La psychanalyse n’est donc en aucun cas une science ni une pseudoscience mais un art littéraire. Avec ton psy, tu apprends à percevoir ce que te raconte ton corps, et tu réécris et complètes ton récit, pour remettre corps et imagination d’équerre.

Ce qui pourrait paraître de prime abord comme de la pure branlette intellectuelle et nombriliste me semble au contraire être une école de l’humilité, car la psychanalyse remet notre ego et notre intellect hypertrophié à leur juste place, c’est-à-dire à la remorque et au service de notre corps, en tant que mécanisme alambiqué permettant au corps de stocker et récupérer des associations entre expériences et affects. Reconnaître l’importance et la centralité de notre matérialité en rabattant un peu son caquet à l’esprit me semble être un préalable nécessaire pour accepter notre imbrication dans la toile du vivant, et nous y forger une place moins destructrice et plus fraternelle.

Et plus prosaïquement, avant de vouer quelqu’un aux gémonies, j’essaie de déchiffrer la marque et le modèle de ses blessures, comme dirait Aurelie.

La seconde découverte fut l’anarchie ou l’anarchisme (je ne sais jamais quel terme utiliser). Elle ne la ramène pas l’anarchie, faut aller la chercher, sachant que ses concurrents de gauche réformistes et autoritaires font semblant qu’elle n’existe pas et qu’elle n’a jamais existé, alors qu’elle a longtemps été hégémonique à gauche au cours de son histoire riche et mouvementée. Ce qui explique sans aucun doute le fait qu’elle n’était jamais apparue sur mon radar. L’annonce de la mort de la gauche était donc grandement exagérée ? Divine surprise ! Paradoxalement, c’est peut-être bien l’extinction en cours des lumières qui a permis à l’anarchie de ressortir de l’obscurité, d’Occupy Wall Street à la ZAD de NDDL en passant par le Chiapas ou le Rojava, et plus modestement dans les écovillages et à travers un bouillonnement d’initiatives locales qui inventent et pratiquent des façons de vivre plus résilientes dans les interstices, et qui ont vocation à prospérer sur les ruines fumantes de notre civilisation si on parvient à lui survivre autrement que sous la forme de métadonnées circulant vainement dans les fermes de serveurs abandonnées des GAFAM et de la NSA.

Mais surtout, j’ai compris au fil de mes lectures que j’avais toujours été anarchiste, que mes dieux et maîtres de toujours, des dadaïstes aux Monty Python, en passant par Chaplin, Marx (Groucho), Zappa ou Gotlib étaient tous sacrément dadanarchisants®, que j’appartenais en fait peut-être bien à un club qui m’accepterait peut-être bien comme membre, et accessoirement que tous mes désaccords de toujours avec les gauchistes traditionnels, tous les quiproquos et toutes les incompréhensions mutuelles trouvaient enfin une explication.

Je ne m’y retrouve toujours pas dans le foisonnement des divers mouvements qui se revendiquent encore de la pensée anarchiste, et je ne sais pas comment ils la traduisent au quotidien, mais à titre personnel, quand je parle d’anarchie, je parle de principes et d’une éthique qui ont (à mon insu) toujours guidé ma pensée et mes choix, et d’un rapport particulier au monde, à l’humain, à l’animal, à « la nature », à l’école, au savoir, au dogmatisme, au travail, à l’oisiveté, à l’argent, à la propriété, au pouvoir, à la justice, à l’état, à la police, à l’armée, à la religion, aux frontières, à la famille, à la fin, aux moyens, au passé, au présent, à l’avenir, au corps, à l’imagination, etc., etc., rapport si souvent incompatible avec celui qu’entretiennent mes camarades gauchistes d’obédience plus marxisante…

Toujours est-il que l’on trouve de nombreuses pistes fructueuses pour penser une organisation moins toxique du monde chez les anars de la première heure, qui parlaient déjà d’écologie et de féminisme par exemple. Mais surtout, contrairement aux capitalistes et à la gauche autoritaire, l’anarchisme ne part pas du principe que l’homme est un loup pour l’homme et qu’il faut donc inéluctablement une élite de super-loups pour les mater ou menacer de le faire, ni du principe que les individus sont sur cette terre pour souffrir et que leur salut passe par cette souffrance, deux préalables qui me paraissent aussi nécessaires que désirables pour envisager des modes d’organisation sociale moins violents et désagréables.

J’adore ce graphique dégoté sur Wikipédia, je ne sais plus où...

Not in my name

Équipé de ces nouvelles ébauches de piliers, de ces nouvelles clés de lecture et de compréhension du monde et de moi-même, refaisons le bilan : le progrès, fausse bonne idée ? Idée carrément de merde malgré la pénicilline et la télé couleur ? Bonne idée qui a mal tourné ? La faute à pas de chance, aux psychopathes qui ont de tout temps brigué et accaparé les richesses et le pouvoir, ou à nous qui avons signé pacte sur pacte faustien avec le diable, par mégarde, par paresse ou des deux mains ?

Tout ce que je sais à ce stade, c’est que ma foi n’a pas résisté au désastre en cours, désastre que les lumières n’ont pas su empêcher, si elles ne l’ont pas directement précipité.

Parce que vouloir s’affranchir des limites physiques, s’ériger en maître du vivant et en phare de l’humanité (offre soumise à conditions, lire la notice, peut entraîner la noyade dans l’indifférence quasi générale), si ce n’est pas la quintessence même du sentiment de toute-puissance qui ne peut mener qu’à la catastrophe, ça y ressemble furieusement.

Je ne crois donc plus qu’à l’art, autrement connu par son petit nom moins prétentieux, le jeu, cet espace de liberté absolue seul capable à mon sens de procurer une joie de vivre intense. Et je crois que la plénitude n’est possible que lorsqu’on a la chance et la possibilité d’aimer et d’être aimé.

Joie de vivre et plénitude pour tous, l’objectif de tout Plan B qui se respecterait.

Tout le reste du fatras luminescent, je n’y crois plus. Du tout. Bon débarras.

Ce qui explique sans doute que je me sois senti suffisamment léger pour me décider enfin à changer de cadre et de mode de vie pendant qu’il était encore temps.

À bon entendeur…

06. September 2018 by sknob
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Dernières lectures

Dernières lectures (liste non exhaustive, en ordre chronologique inverse plus ou moins fiable) :

  • 1984, George Orwell, 😻😻😻
  • Bullshit Jobs, a Theory, David Graeber, 😻😻😻
  • The Transition Handbook, Rob Hopkins, 🙂
  • Des éclairs, Jean Echenoz, 😊
  • Serge Latouche, L’âge des limites, 😀
  • Zero, Marc Elsberg, 😩
  • Saturne, Serge Quadruppani, 🙂
  • Oryx and Crake, Margaret Atwood, 😀
  • Two Cheers for Anarchism, James C. Scott, 😕
  • Plus jamais seul, Caryl Férey, 😕
  • Being Frank: My Time with Frank Zappa, Nigey Lennon, 😀
  • La disparition de Stéphanie Mailer, Joël Dicker, 😩
  • Young Philby, Robert Littell, 😍
  • La septième fonction du langage, Laurent Binet, 😍
  • The word for world is forest, Ursula K. Le Guin, 😍
  • Ma Zad, Jean-Bernard Pouy, 😃
  • Loups solitaires, Serge Quadruppani, 😊
  • Valis, Philip K. Dick, 😍
  • Sigma, Julia Deck, 😃
  • Ravel, Jean Echenoz, 😍

24. June 2018 by sknob
Destination: DESTINATIONS, Un peu de recul (TINA) | Leave a comment

Allergène

L’autre jour, j’ai fait ce dessin pour représenter ma perception toute subjective des candidats au 1er tour de l’élection présidentielle.

On y voit deux axes :

  • L’axe gauche-droite
  • L’axe nationalisme-internationalisme

Le deuxième axe peut te paraître secondaire, voire anodin, mais il n’est peut-être pas inutile de rappeler que l’internationalisme fut jadis un pilier de la pensée de gauche. Historiquement, inutile d’être un jet setter CSP++, ni un métèque binational et bâtard culturel de mon espèce pour être farouchement internationaliste, donc.

Si on reprend le dessin, on voit, au hasard et par exemple, que JLM est à gauche de BH et à droite de PP sur l’axe gauche-droite, et qu’il est par ailleurs dans la moitié « nationaliste », contrairement à PP ou BH chez les candidats de gauche, et à EM chez les candidats de droite.

Je n’aurais pas voté JLM tout simplement parce qu’à tort ou à raison, je me le représente dans cette moitié « nationalisante » de mon dessin, et que pour moi, voter pour un candidat « nationalisant » (saveur souverainiste, patriote ou universalisme de la France, peu importe), c’est aussi inconcevable que de voter pour un candidat de droite.

C’est comme ça.

Ensuite, je me représente les « insoumis » de la manière suivante vis-à-vis de ce tropisme nauséabond :

  • Ceux pour qui c’est un non-sujet (qui s’en foutent)
  • Ceux qui approuvent par souverainisme ou pire
  • Ceux qui s’en accommodent par souverainisme Lordonien
  • Ceux qui trouvent que ça pue, mais pas assez pour ne pas voter JLM

Je ne mets donc pas tous les « insoumis » dans le même sac.

Toujours est-il que lorsque JLM a sorti Le hareng de Bismarck, j’ai observé médusé un déferlement de germanophobie de la part de nombreux groupies FdG dans mon fil Twitter. Je ne parle pas de ceux qui reprenaient les critiques fondées de JLM, mais de ceux qui se vautraient dans des remarques et insultes aussi gratuites qu’essentialisantes.

De la même manière que tu n’es pas tendre avec les personnes qui émettent des opinions de droite ni avec celles qui les tolèrent sans trop broncher, je ne suis pas tendre avec les « insoumis » qui émettent des opinions nationalisantes ni avec ceux qui les tolèrent sans trop broncher.

Arrive le 2e tour de l’élection, et là, les « insoumis » qui pendant des semaines ont pété les couilles de tous ceux qui comptaient s’abstenir au 1er tour se sont subitement métamorphosés en abstentionnistes militants.

Ça se défend d’être abstentionniste. Si tu l’as toujours été, que tu es contre l’état et les élections et la prétendue « démocratie représentative » et que tu n’es donc en aucun cas responsable du merdier actuel par exemple. Ou encore si depuis le référendum de 2005 et la mise au pas de la Grèce, tu ne crois plus à la « révolution par les urnes ».

En revanche, si tu étais un super-méga-anti-abstentionniste le jour d’avant, c’est déjà plus cocasse, pour rester poli.

Mais après tout, pourquoi pas, tout le monde a ses contradictions, moi le premier.

En revanche, justifier cet engouement soudain pour l’abstention en arguant que EM=MLP, ça pue du cul :

  • D’abord parce que si JLM était qualifié au 2e tour et que les électeurs d’EM par exemple voulaient s’abstenir parce que MLP=JLM, les « insoumis » seraient apoplectiques.
  • Et ensuite et surtout, parce que même si les programmes de MLP et JLM sont très éloignés sur l’axe gauche-droite de mon dessin, ils le sont beaucoup moins sur l’axe nationaliste-internationaliste, avec la bénédiction ou l’indifférence (ou entre les deux) de nombreux « insoumis ». En d’autres termes, c’est à mon sens aussi de leur propre faute si les « insoumis » ne peuvent plus s’offrir le luxe d’être ambigus vis-à-vis des nationalistes décomplexés sans s’en prendre plein la gueule.

Je n’écris pas tout ça pour dire aux « insoumis » de voter ou pas. Ils feront bien comme ils veulent, et c’est encore heureux.

(Pour l’anecdote, je me suis infligé la vidéo que JLM a publiée hier, et j’ai compris qu’il allait voter EM, alors que manifestement, les « insoumis » ont compris qu’il allait voter blanc. Comme quoi je n’y comprends visiblement rien en « insoumission » et tu en tireras les conclusions nécessaires quant à la validité de mes élucubrations…)

Mais comme c’est mon petit blog et que j’y exprime mes états d’âme si je veux, je tenais tout simplement à souligner que si une minorité de gauchistes (électeurs de PP, de BH ou abstentionnistes anars de tous poils) sont allergiques au discours de JLM et des « insoumis », c’est parfois pour des raisons de fond, dont celles énoncées plus haut.

Parce que qui dit allergie, dit allergène.

Et que d’une manière ou d’une autre, faudrait peut-être assumer.

29. April 2017 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | 2 comments

Le roi est nu, ou pas, et en même temps…

Bon, les gauchistes qui ne veulent pas voter pour JLM sont des cons, c’est entendu.

Ils tapent contre leur camp, ils passent à côté d’une occasion historique, on a compris.

Ils ergotent sur des détails, qui seront réglés par la suite grâce à la pression populaire, c’est évident.

Il ne tient qu’aux insoumis de porter la vague JLM et le pousser à passer des mesures révolutionnaires, on est d’accord.

Sauf que non, pas entendu, pas compris, pas évident, pas d’accord.

Déjà, on peut être de gauche et voter ses convictions, ou voter Arthaud, Hamon, JLM, Poutou ou s’abstenir. Le vote utile tant honni jadis reste contestable dans une élection à deux tours. Qu’est-ce que tu ferais si les sondages et RadioLondres n’existaient pas ?

Ensuite, on peut être de gauche et préférer, dans l’absolu, qu’un candidat de gauche, en l’occurrence JLM, l’emporte sur ses concurrents qui sont pires à bien des égards.

Mais…

On peut aussi être de gauche et déplorer non pas quelques mesures ou quelques détails, mais des pans entiers du programme de JLM, et s’inquiéter de l’idéologie ou de la mentalité qui les sous-tend, voire la rejeter.

Volet « souverainiste » pour rester poli :
Universalisme de la France, néo-colonialisme de l’économie de la mer, taxation différentielle qui te rend prisonnier de ta nationalité, même si tu es Français par accident (comme tous les Français) mais que tu as fait ta vie ailleurs (ça peut arriver même aux pauvres, crois-moi), ambiguïtés vis-à-vis des migrants et de l’islamophobie rampante, ou encore aveuglement par anti-américanisme primaire (et c’est un franco-américain anti-américain primaire qui te le dit).

Volet économique, critiquable au moins à deux niveaux :
1/ Rouge ou brune ou rose à pois verts, la croissance, c’est la croissance. C’est un truc qu’on ne peut plus se permettre si on veut continuer à respirer. Tout vert qu’il soit, le programme de JLM reste prisonnier de ce vieux paradigme mortifère.
2/ Sans être Macronien, si t’as déjà bossé dans une PME ou une grosse boîte, ce n’est pas crétin de penser que si tu te contentes de foutre des bâtons dans les roues de l’économie de marché, tu vas juste rendre la vie plus chiante pour tout le monde. Faut assumer de mettre le capitalisme et la finance hors d’état de nuire ou capituler. Entre les deux, c’est limite contre-productif (comme l’ont abondamment prouvé les sociaux-démocrates depuis des décennies).

On me rétorquera qu’on s’en fout, élisons JLM et la vague populaire le poussera à aller jusqu’au bout de la logique révolutionnaire de sa victoire.

D’abord, je crois que si JLM demandait au peuple de s’introduire un pic à glace dans l’orbite gauche tous les matins au petit-déjeuner, certains insoumis le feraient comme un seul con. En d’autres termes, je ne crois pas un instant que sa base se désolidariserait si JLM succombait au syndrome Mitterrand ou Hollande et revenait sur ses promesses.

Ensuite, je pense que si JLM était élu, on aurait au contraire un syndrome Hollande en pire : une anesthésie totale des mouvements sociaux. Mais bon, j’avoue que là, on est dans la croyance, toi comme moi, et comme je ne suis pas croyant, et c’est là où je veux en venir, tout argument de fond basé sur la foi est instantanément disqualifié à mes yeux, aussi sympathique soit-il.

Enfin, un dernier point, plus personnel celui-là : on peut être dⒶdⒶnarchisant et vraiment regretter que l’on veuille encore en passer par un homme providentiel, aussi bien intentionné, déterminé à résister aux sirènes du pouvoir et brillant soit-il. Surtout quand cet homme manifeste des tendances fortement autoritaires. On peut aussi penser que le vote est la dernière chose qui empêche de voir que le roi est nu, et que si on veut que les choses changent, il faudra bien un jour ou l’autre se décider à les changer nous-mêmes, au lieu de souffrir inutilement tout en se vautrant autant que possible dans les délices de la société de consommation entre deux élections en attendant l’arrivée d’un papa-messie de gauche qui s’occuperait de tout.

Sans compter que tout est une question de focale.

Le vainqueur de cette élection ne représentera tout au plus que 20 % du corps électoral, alors un peu de modestie serait le bienvenu (et moi, l’idée que les 20 % quels qu’ils soient imposent leur programme aux 80 %, ça me met plus que mal à l’aise).

Une augmentation du SMIC ne vaut rien si tu meurs asphyxié pendant ton cancer du glyphosate (SMIC que tu auras de toutes les façons sans doute perdu puisque la finance et les capitalistes ne vont pas obtempérer et t’auront viré, pour l’exemple et par vengeance, puisqu’on ne les aura pas mis hors d’état de nuire).

Pendant qu’on s’étripe en pleine hystérie électorale, les nuisibles continuent à nuire, en étant moins emmerdés que d’habitude.

Et je pense que tous nos beaux raisonnements, toutes nos adhésions ou répulsions ne sont que l’expression de nos névroses, des rationalisations. C’est bien pour ça qu’on ne parvient que très rarement à faire bouger les convictions d’autrui. Certains veulent (inconsciemment) un papa, d’autres veulent (symboliquement) le tuer, etc. C’est pour ça que je ne juge pas ta valeur en tant qu’être humain à l’aune de tes opinions politiques et encore moins de ton vote ou non-vote (mais à celle de ton humanité, je me comprends). Et c’est utile de garder ce point à l’esprit pour ne pas démoniser ceux qui pensent de traviole à nos yeux.

À ce titre, je n’essaie pas de te convaincre de ne pas voter pour JLM, ou de t’abstenir comme je vais le faire, ou d’œuvrer pour la destitution du pouvoir ou la reformation des Beatles.

J’essaie juste de te dire qu’on peut être de gauche et faire d’autres choix que le tien, y compris des choix « irrationnels », de bonne foi, et que ce serait sympa si la trollenchonsphère et même les mélenchonsexuels qui ne s’assument pas comme tels pouvaient faire preuve d’un peu plus de délicatesse vis-à-vis de ceux qui n’ont pas leur ferveur ou leur foi.

Donc vazy, abstiens-toi, vote pour qui tu veux, vote pour JLM avec enthousiasme ou exigence, mais par pitié, arrête de taper sur ceux qui en conscience ne voteront pas ou ne voteront pas pour lui, puisque tu prétends qu’ils font bien partie de ton camp. Ce serait faire preuve de la tolérance qui paraît-il est un marqueur de la gauche.

Merci.

20. April 2017 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | 3 comments

sknob | MUSIC v4

La 4e version majeure de mon site de musique est en ligne !

Changelog :

  • Tout le site est désormais “responsive” (en non-geek, s’adapte et se reconfigure en fonction de la taille de l’écran — mobile, tablette, ordi. Le gros du boulot.)
  • En mode 2 colonnes, celles-ci défilent indépendamment.
  • Barre de lecture en pied de page, pour accommoder les cas où la liste de morceaux n’est pas affichée (en mode 1 colonne)
  • Évolution du design graphique
  • Réorganisation des nouveautés en deux “albums” :
    - “New” : contient les derniers morceaux
    - “Featured” : contient 7 morceaux tirés au sort parmi une sélection de morceaux
  • Ajout de la BO du CD-ROM “Peek-a-boo” / “Petit-Toon” #nostalgie
  • Plein de modifs sous le capot
  • Préparation de l’intégration d’une grosse nouveauté (si je l’intègre un jour ;)
  • ASTUCE : sur téléphone (mode 1 colonne), on peut balayer pour basculer entre les colonnes

05. March 2016 by sknob
Destination: Design UI/UX, DESTINATIONS, Musique | Leave a comment

Réclame ton panier pour changer le monde

Ayé, j’ai ouvert une page Patreon. Il ne m’aura fallu qu’un an et des poussières pour me décider.

Alors je ne vais pas nier que rien ne me ferait plus plaisir que d’avoir des tas de mécènes qui me permettraient de consacrer davantage de temps à mes créations.

Mais fondamentalement, si tu m’as lu sur Babordages, tu sais qu’en matière de nouvelles technologies, je suis un indécrottable révolutionnaire romantique (déçu hein, ça va sans dire).

Qui pense que si les nouvelles technologies ont fini par nous asservir et se retourner contre nous, ce n’était — non, ce n’est — pas inéluctable.

Qui reste convaincu que si tous les brillants gauchistes que je connais ou que je follow sur Twitter consacraient 1 % du temps de cerveau disponible qu’ils consacrent à commenter la conjoncture à penser une utilisation intelligente des zinternettes pour court-circuiter les institutions qui nous asservissent, on serait sauvés depuis longtemps. On va être magnanime et dire qu’ils se sous-estiment (plutôt que de dire que ce sont de grosses feignasses ;).

En outre, et comme je le rape dans ma vidéo de présentation sur Patreon, les nouvelles technologies ont également le potentiel de totalement court-circuiter la société de consommation au lieu de la renforcer, et notamment de révolutionner la manière de rémunérer les artistes.

Si comme je le disais dans mon billet d’il y a un an, le système Flattr reste de loin le modèle le plus intelligent et révolutionnaire que j’ai croisé jusqu’ici, il se heurte malheureusement et là encore à l’inertie et l’indifférence des gauchistes-consommateurs fainéants.

Donc si rien ne me ferait plus plaisir que d’avoir des tas de mécènes, disais-je, c’est la démarche de Patreon en elle-même qui m’a finalement décidé à franchir le pas, parce qu’elle permet également à sa manière de décorréler les réalisations artistiques d’une quelconque valeur marchande, et de zapper toute la chaîne de prédateurs intercalés entre les artistes et leurs fans.

En gros si tu veux, Patreon, c’est comme une AMAP. Au lieu d’acheter un kilo d’oignons ou de patates ou de crottins de Chavignol ou de côtelettes d’agneau — ou une chanson, un album, un dessin — tu soutiens en direct un petit producteur et tu bénéficies périodiquement en retour d’un panier-surprise rempli de délices de saison. Si ce n’est que le panier ne t’es pas réservé. Le monde entier peut en profiter, grâce à ta générosité.

Edit du lendemain.
Parlons cash : si tu ne paies pas tes contenus (si tu pirates quoi), aucune raison de me mécéner. Tu es cohérent. Télécharge mes trucs à gogo. Ils restent gratuits. En revanche, s’il t’arrive d’acheter des cédés, des dévédés, des places de concert, des abonnements Spotify/Deezer/Apple Music, des bouquins, des bédés et autres “biens culturels”, tu devrais à mon avis 1/ te poser la question de qui tu rémunères et 2/ consacrer une partie de ces dépenses à la rémunération directe des artistes qui le permettent et que tu apprécies (connus ou inconnus, ils sont de plus en plus nombreux). Car je n’ose croire que tu n’accordes de la valeur aux œuvres que si elles sont adoubées par les multinationales qui les distribuent (et qui ne reversent que des miettes aux artistes), sans quoi le capitalisme a de beaux jours devant lui. 1 € par mois et par artiste, rapporté au prix des biens sus-cités, c’est pas la ruine. Yes You Can Think Different Just Do It.
Fin de l’edit du lendemain.

Bref, si j’ai ouvert une page sur Patreon, c’est autant pour promouvoir ce genre d’initiative que pour en tirer éventuellement parti.

Puisque je te dis que je suis un indécrottable romantique !

En même temps, il n’y a que les psychopathes sanguinaires et les indécrottables romantiques qui changent le cours de l’histoire.

Avec toi ?

05. November 2015 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | Tags: , | Leave a comment

Bisous d’un #VieuxCon

Alors vois-tu, je viens d’une époque reculée dans laquelle certains principes fondamentaux ne comptaient pas pour du beurre.

Ils servaient de cadre, de chemin, d’objectif plus ou moins utopique, de boussole, de repère, voire de repoussoir, selon les cas et les groupes et les individus.

Liberté, égalité, fraternité, solidarité, règle d’or, démocratie, socialisme, make love not war, en veux-tu en voilà.

Aujourd’hui, de tels principes ne servent plus à rien. Ce sont des abstractions d’un autre temps.

Un jeune militant de gauche me disait à l’anémique manif contre le #PJLRenseignement que c’était normal qu’il y ait moins de monde que lors d’une manif sur les retraites par exemple.

Avec la #VieilleConne qui m’accompagnait, on s’est regardés effarés, tant il nous semblait que le contraire coulait de source.

Mais il faut vivre avec son temps. Place aux jeunes. Après tout, ce monde de vieux conçu par les vieux pour les vieux leur a bien savonné la planche, alors on ne va pas en plus leur reprocher de vouloir faire autrement.

Et puis fondamentalement, ils ont tellement besoin de reconnaissance et d’amour. Pas étonnant qu’inconsciemment, ça les remplisse d’aise que Big Brother s’intéresse enfin à leurs fesses.

Alors bisous d’un #VieuxCon qui vous aime kamème et qui vous souhaite bien du plaisir.

24. July 2015 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | Leave a comment

Bon vent

(Bon OK, et le pain et le fromage…)

05. May 2015 by sknob
Destination: Un peu de recul (TINA) | Tags: | Leave a comment

Ripolinage

“Vincent Knobil | MUSIC” est mort, vive sknob | MUSIC !

J’ai ripoliné mon site de musique. Pas de changements majeurs sous le capot (quoique ;), mais une épuration de l’interface qui n’avait que trop tardé, sachant que la précédente interface, avec ses polices kitchissimes était une évolution-simplification de l’avant-dernière version, encore plus foutraque.

Partis les bords arrondis, les textures et les polices en relief. Les instruments aléatoires en arrière-plan étaient prévus au programme (en plus discret), mais un accident de CSS leur a substitué ma tronche, et je l’ai gardée (#sérendipité, #ActeManqué #Freud).

Aparté geek : Safari iOS is the new IE bordayl ! Qu’est-ce que c’est chiant à gérer les problèmes de positionnement CSS sur iOS. Évidemment, tout irait bien si je bloquais le zoom, mais en tant que bigleux, ça m’énerve quand je ne peux pas zoomer, donc je n’inflige pas ça aux autres (sauf sur ce blog… #contradictions).

Pas que le site soit un modèle d’ergonomie. Comme je le disais en anglais dans le billet accompagnant la sortie de la version précédente, mes sites sont davantage une émanation de mon côté artiste que de mon expérience de designer d’interfaces…

My websites are an emanation of my creative self. While I care about usability, I don’t see my sites as mere marketing platforms. They are creations, for better or for worse.

J’aurais pu par exemple utiliser des trucs existants pour gérer la lecture audio, mais NON, il a fallu que j’écrive tout, du code à l’interface. #mékilékon

Bref, ce billet n’a pas vraiment vocation à être lu, juste à servir de marqueur temporel, mais puisque tu es là, et que chemin faisant, j’ai exploré plein de trucs que j’intégrerai peut-être dans de futures moutures, je vais te récompenser avec deux petits “easter eggs” comme on dit, des petites fonctions cachées (qui ne marchent que sur ordi, pas sur mobile/tablette) : sur la page musique, tape la lettre “a” et/ou tape la lettre “s” pendant la lecture d’un morceau.

Et pour finir, une petite galerie avant-après.

20. December 2014 by sknob
Destination: Design UI/UX, Musique | Tags: | Leave a comment

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